Voyage en Chine

L’année dernière j’ai réalisé un rêve. Un rêve d’enfance que j’ai imaginé lorsque j’étais petite et qui reste jusqu’à aujourd’hui mon plus beau voyage.
Ce projet est-il réalisable ? Ambitieux ? Ai-je le budget et la capacité ? Et si oui, quand ? Combien de temps ? Avec qui ? Pourquoi ? Toutes ces questions se sont posées intérieurement puis une décision : partir. Ce pays lointain exerce depuis longtemps pour l’Occident un mélange entre la crainte et la fascination. Ce pays c’est la Chine, pays du Centre appelé aussi l’Empire du Milieu.
Il aura fallu un second cancer à l’âge de vingt-trois ans pour me décider à ne plus attendre. Ce pays immense m’a toujours passionnée, intriguée, attirée. C’est une rencontre entre l’Orient et l’Occident, un mélange de deux cultures aux modes de vie et de pensées très différents.
Durant mes études, j’ai rencontré une amie qui m’a dit que sa fille rêvait depuis ses cinq ans d’aller voir les soldats de l’Eternité, l’Armée de Qin Shi Huangdi, le premier empereur de Chine. J’avais peur. J’ai attendu. Peur de l’inconnu, peur du résultat, peur de réaliser ce rêve. Mon but était d’aller découvrir cette Chine profonde, sa nature et se rapprocher le plus possible du mode de vie de ses habitants.
A Pékin, j’ai retrouvé la Grande Muraille. Je me souviens de l’émotion que j’ai ressentie la première fois que j’y suis allée. Quatorze années plus tard, cette émotion est restée intacte. Je suis retournée à la Cité Interdite et au Palais d’Eté. L’une est à la géométrie parfaite où chaque pièce, chaque structure a été pensée et construite en accord avec les principes du Feng Shui, art millénaire d’origine chinoise dont le but est d’harmoniser l’espace en fonction des flux visibles et invisibles. L’autre est très fleuri et abondant.
A Xian, je me souviens des visages de ces soldats tous différents. Impressionnant d’avoir le sentiment d’un rendez-vous avec l’Histoire ! C’est dans cette ville que j’ai dégusté les meilleures nouilles de ma vie. Un délice qui commence par la vue des couleurs puis le goût et la consistance particulièrement agréables.
Ensuite, passage vers les terres de l’Ouest dans la province du Yunnan dont beaucoup disent qu’elle est sans doute la plus belle province du pays. Ici, c’était le désir d’aller à la rencontre des minorités ethniques, de manger des fruits inconnus, aller voir les lacs, les montagnes, les Gorges du Saut du Tigre, les rizières, les temples à la frontière du Tibet au-dessus des trois milles mètres d’altitude.
Enfin quelques jours à Hong-Kong pour retrouver ma famille de l’autre côté du monde et retour en France.
Quels souvenirs me restent-ils de ce voyage une année plus tard ? Quelles conclusions ? J’ai réalisé un de mes plus grands rêves et ce n’est pas simple d’en revenir. Je me souviens de ces rencontres, de ces échanges avec les locaux sur des questions très diverses. Une proximité qui se fait naturellement avec certains et qui ne se fait pas avec d’autres. Des moments d’agacement lorsque certains chauffeurs de taxi refusaient de nous prendre après avoir raté le dernier métro ou le dernier bus. Prendre le train est une expérience à découvrir. Des souvenirs d’expéditions à Baisha où l’arrivée à destination fut une grande victoire, la promenade de nuit à Shangri-La avec la frontale où Morgane, la fille de mon amie, me demande si nous pouvons passer par là. Si nous passons par-là ? Eclairage avec la frontale, nous tombons. Le départ express au petit matin à Baisha, ou encore la proposition de reprendre la spécialité du tofu qui pue à Pékin. «Non merci, ça ira». Ce sont des moments de fous rires.
Ce voyage m’a rappelé pourquoi et à quel point j’aime la montagne. Une aventure à la fois collective et individuelle que l’amitié m’a permis de réaliser. J’ai aimé cette culture, ce mélange de population très divers, de gastronomie, de croyances et de philosophie pour tendre vers l’harmonie. Un pays où les choses vont très vite et où il convient d’avancer sans jamais reculer. Une atmosphère rude, hostile, sévère où se mélangent la joie, la beauté, l’émotion.
Il y a deux mois, j’ai appelé Vanessa pour lui dire que depuis ce voyage, il n’y a pas un jour sans que je pense à la Chine. Elle m’a répondu la même chose. Il y a encore beaucoup de lieux que je rêve d’aller découvrir et de personnes que je souhaite rencontrer.
J’ai eu la chance de pouvoir concrétiser ce projet.
Au-delà de tous ces souvenirs où je reste toujours quelque part là-bas, je retiens deux choses. La première, c’est qu’il n’y a rien de mieux que d’aller découvrir les choses par soi-même pour se faire sa propre opinion à l’inverse de ceux qui parlent sans connaître. La deuxième, ne pas avoir peur de réaliser ses rêves.
Des questions, la réflexion et le choix de me lancer dans une nouvelle aventure dont la décision est lourde de conséquences. Préférer l’aventure, le risque, quitter sa zone de confort, mon travail, la facilité pour ne pas devenir un robot et être plus en accord avec ce qui m’habite depuis longtemps. J’ai pris ma décision cette année et les témoignages de bienveillance et d’enthousiasme que j’ai reçus de la part de mes amis, de certains de mes anciens collègues mais aussi de la part des Aguerris m’ont confortée dans cette idée. Je pense que les choses se font quand la résultante d’un ensemble de facteurs est réunie. La condition étant d’être apte à l’entendre et à la sentir. Je ne crois pas au hasard.
J’ai eu une nouvelle fois la joie de constater qu’un ancien patient est aussi capable de marcher.

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