Petites histoires d’aguerris.

Un Aguerri nous a envoyé 4 histoires possibles d’aguerris, 4 petits parcours de vie : ils pourraient s’appeler Etienne, Magalie, Farid ou Marc… Qu’importe… Aujourd’hui : « Jean-Luc a eu un cancer à l’âge de 3 ans. C’est depuis un aguerri.
Il boite aussi.
Petit on lui a souvent demandé pourquoi il boitait, et puis jeune adulte, major de promotion, cette particularité devenue une part de lui-même,
il l’a fait sienne, part de son identité. Une belle carrière, une belle femme, deux beaux enfants, une belle vie.
Et puis un jour une question du petit dernier : « dis papa pourquoi tu boites ? » Et Jean Luc n’a pas su répondre, parce qu’il ne savait pas comment
Certes, Il boitait voilà tout. Il savait qu’il avait eu un cancer. Mais quoi d’autre au final pour répondre à la question ?
Parce que personne n’avait jamais osé prononcer à la maison ou dans un cabinet médical le mot d’ostéosarcome.
Et ce mot lui ouvre comme un nouveau passé, comme si l’histoire, son histoire d’un seul coup était quelque peu réécrite. Il faut se mettre dans les vêtements d’un autre homme.
Jean Luc a juste envie de savoir, d’ouvrir son dossier médical, de mettre des mots, de recontacter ce passé.
Et il a toujours une belle carrière, une belle femme, deux beaux enfants et une belle vie. Mais il a envie d’en savoir plus sur lui-même. Sauf qu’il ne sait pas comment faire.
Et puis, il aurait tellement envie soudain de mettre des mots et de partager son histoire avec ceux qui ont vécu la même chose. »

une 2ème histoire :

il était alors en BTS. Ca été difficile avec les filles, il était différent, il était malade.
Et puis la vie passe. Yazid a obtenu une place d’employé dans une grande société de distribution.
Cela n’a pas été sans mal.
Il ne cache pas qu’il a été malade et le pourquoi de ce BTS en 4 ans, question qui ponctue chacun de ses entretiens d’embauche.
Et puis finalement une opportunité se présente, pas tout à fait la place à laquelle il pensait prétendre mais après tout,…
Il bosse beaucoup, reste très timide vis-à-vis des filles et puis voilà à 30 ans c’est le coup de foudre avec sa collègue.
Rapidement les voilà ensemble à rêver d’un projet d’enfant. Un mois, 6 mois, un an.
On commence les examens. Le diagnostic tombe : oligospermie
Effet à long terme de son traitement médical contre son neuroblastome. Vaguement, il avait souvenir que cela faisait partie des possibles.
Sa maman y avait bien sur tout de suite pensé quand sa belle fille avait arrêté la pillule.
Deux ans et une procréation médicalement assistée plus tard, il a du mal à se lever ce matin car le bébé pleure. . .
Yazid se dit qu’au final, et bien la vie continue … Et c’est vrai qu’il est drôlement beau son petit marmot.

une 3ème et avant dernière histoire : Anne est une aguerrie depuis l’âge de 6 ans.
Elle est plutôt aujourd’hui une femme très positive, dynamique, elle mord dans la vie, parce qu’elle sait que la vie ma foi cela a finalement vachement de valeur.
Elle se dit souvent que la maladie l’a construite.
Anne et sa maladie, sa maladie et elle… Jamais l’une sans l’autre finalement. Anne est toujours une patiente dans sa tête, à imaginer les risques possibles,
toujours vaguement anxieuse et tellement convaincue, qu’elle et la maladie finalement cela ne fait qu’un et que sa personnalité,
tout son être a été construit autour de cela.
La force, la fragilité. Anne a choisi d’être assistante sociale, c’est un choix parce la vie, c’est les autres, c’est le sentiment que la vie n’est construite que dans ce rapport à l’autre, ce don de soi.
Après tout, Anne est là et elle se rappelle aussi que Magalie sa copine de galère n’a pas eu la même chance.
Ça en donne des responsabilités. On n’a pas le droit d’être malheureux.
Mais franchement le cout de l’assurance pour l’emprunt de la maison qui a refusé d’assurer le prêt au prétexte d’un lymphome à 6 ans… C’est vraiment pas très clean.

 

Dernière petite histoire envoyée par un aguerri. Elle interroge le rôle du médecin traitant – encore un dossier que nous aimerions contribuer à améliorer ! c’est donc l’histoire de Robert, aguerri depuis l’âge de 10 ans.
Robert, c’est une vie à 100 à l’heure dans sa jeunesse et puis une envie de se poser, de fonder un foyer.
Robert a 30 ans, une femme avec qui il s’engueule régulièrement et dont il va se séparer deux ans plus tard. A peine 6 mois après, Robert a mal à la poitrine, peine de cœur ?
Il conviendrait quand même de faire quelques examens … Peine perdue, Robert n’a pas de mutuelle, les examens ça coute cher et impossible de mobiliser le 100 % pour une prise en charge,
car après tout après 20 ans, on est guéri du cancer. Quel rapport avec une petite angine de poitrine ?
Robert finit aux urgences en décompensation cardiaque aiguë.
Ouf, il y a des bons médecins. Et Robert finit par apprendre que oui avec le traitement qu’il a eu dans l’enfance bien évidemment ce type de problème peut arriver.
Mais Robert tout cela, il ne savait pas… Ni son médecin traitant…

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